Les chiffres de Senelec montrent qu’en 2025, la production issue du solaire, de l’éolien et de l’hydraulique a atteint environ 1 653,6 GWh sur 7 486,3 GWh, soit près de 22 % de la production totale. La part installée des capacités renouvelables était également importante, avec 292,47 MW de solaire, 158,7 MW d’éolien et 127 MW d’hydraulique sur 2 289,52 MW de puissance totale installée.
Le chiffre de 30 % souvent avancé ne correspond donc pas aux dernières données annuelles publiées par Senelec. En revanche, le Sénégal vise une intégration beaucoup plus importante des renouvelables dans les prochaines années. La Banque mondiale rapporte notamment un objectif de 40 % du mix de production électrique d’ici 2030.
Le soleil et le vent deviennent de véritables actifs énergétiques
Le Sénégal dispose de deux ressources naturelles particulièrement intéressantes pour sa transition énergétique : un important potentiel solaire et des zones favorables à l’éolien, notamment sur la façade nord et le littoral.
Taïba N’Diaye, un projet éolien majeur
Le parc éolien de Taïba N’Diaye dispose d’une puissance de 158,7 MW répartie sur 46 éoliennes. La Banque mondiale le présente comme le plus grand parc éolien d’Afrique de l’Ouest lors de sa mise en développement.
Les données actuelles de Senelec montrent que l’éolien a produit 408,69 GWh en 2025. Le solaire a pour sa part atteint 437,91 GWh et l’hydraulique 806,97 GWh.
Ces chiffres montrent surtout que les renouvelables ne constituent plus une technologie marginale dans le système électrique sénégalais.
Le solaire dépasse les grandes centrales
La transition ne concerne pas uniquement les grands parcs photovoltaïques. Le solaire peut également répondre à des besoins très locaux, notamment dans l’agriculture.
Des projets d’irrigation solaire ont déjà été étudiés au Sénégal. Une étude soutenue par la FAO a notamment montré que le remplacement de groupes électrogènes alimentés par des combustibles fossiles par des systèmes solaires pouvait réduire les émissions et améliorer les revenus des ménages concernés.
Il faut toutefois éviter d’affirmer que les petits maraîchers des Niayes réalisent systématiquement 40 % d’économies grâce au pompage solaire. Je n’ai pas trouvé de source officielle récente permettant de confirmer ce chiffre pour l’ensemble de la zone.
Les Niayes restent par ailleurs confrontées à des contraintes climatiques et agricoles importantes, notamment la baisse de la disponibilité de l’eau, la salinisation et la dégradation des sols.
Le gaz entre dans l’équation énergétique
Le paradoxe de la transition sénégalaise est simple : le pays développe fortement les renouvelables au moment où ses ressources gazières commencent également à entrer dans une nouvelle phase.
Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, a commencé sa production en 2025. La première cargaison de GNL a été chargée en avril 2025, tandis que le développement du gaz destiné au marché domestique fait partie du projet.
Le gaz est également intégré à la stratégie dite « Gas to Power ». Senelec présente cette stratégie comme un axe important du développement futur de la production électrique nationale.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de remplacer les renouvelables par le gaz. Le gaz peut au contraire servir à apporter davantage de flexibilité au système électrique pendant que la capacité solaire et éolienne augmente.
Une analyse de la Banque mondiale souligne précisément ce rôle potentiel du gaz domestique : remplacer progressivement des combustibles plus polluants et apporter davantage de flexibilité au réseau afin de permettre une pénétration plus importante des renouvelables.
Le véritable défi : stocker l’électricité
Une centrale solaire ne produit pas la nuit. Une éolienne dépend des conditions de vent. Pour augmenter fortement la part des renouvelables, le Sénégal doit donc développer des moyens permettant de gérer ces variations.
Le stockage par batterie commence justement à entrer dans cette stratégie.
En mars 2026, Senelec a lancé le projet d’une centrale de stockage par batteries à Diass d’une capacité de 56 MW / 56 MWh. Le système sera directement couplé à la centrale solaire de Diass et raccordé au réseau national.
C’est une évolution importante : le débat énergétique ne porte plus seulement sur la quantité de centrales à construire, mais aussi sur la capacité du réseau à intégrer, stocker et distribuer une production variable.
Un réseau électrique capable de suivre la transition
La modernisation du réseau devient donc aussi importante que la construction de nouvelles centrales.
Le Dispatching national de Senelec assure en temps réel la supervision, l’équilibre et la sécurité du système électrique. Cette fonction devient encore plus stratégique à mesure que la part des productions variables augmente.
Le financement constitue également un enjeu majeur. En juillet 2026, Senelec a annoncé une émission d’obligations durables de 108 milliards de FCFA, dont plus de 52 % doivent être consacrés à des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, avec également des objectifs de réduction des pertes du réseau.
L’électrification rurale reste un autre chantier
Produire davantage d’électricité ne suffit pas. Il faut encore pouvoir l’acheminer jusqu’aux populations.
En juin 2026, Senelec a annoncé la mise en service de 22 localités dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor dans le cadre de l’accélération de l’accès universel à l’électricité.
La Banque mondiale accompagne également un programme visant notamment la construction et la réhabilitation de près de 4 000 kilomètres de lignes électriques et le raccordement de 200 000 ménages.
Le défi sénégalais est donc double : produire davantage d’électricité et construire l’infrastructure nécessaire pour la distribuer efficacement sur l’ensemble du territoire.
Le Sénégal peut-il combiner gaz et renouvelables ?
La transition énergétique sénégalaise ne ressemble pas à un remplacement brutal d’une technologie par une autre.
Le solaire et l’éolien peuvent augmenter leur contribution à la production électrique. Le stockage peut aider à gérer leur intermittence. Le gaz domestique peut, de son côté, contribuer à la flexibilité du système et remplacer progressivement certains combustibles plus coûteux ou plus émetteurs.
La réussite de cette stratégie dépendra surtout de trois éléments : le développement des renouvelables, la modernisation du réseau et la capacité à transformer les nouvelles ressources gazières en énergie disponible pour le marché national.
Le véritable enjeu de 2026 n’est donc pas de choisir entre « gaz » et « renouvelable ». Il est de construire un système électrique suffisamment diversifié, fiable et abordable pour accompagner le développement du Sénégal tout en augmentant progressivement la place des énergies bas carbone.