Le débat ne porte donc plus seulement sur la place de l’enseignement coranique. Il concerne aussi son intégration dans le système éducatif, les conditions d’apprentissage, la formation des maîtres et l’avenir professionnel des apprenants.
Le modèle du daara évolue
Les daaras ne constituent pas un modèle unique. Certains restent principalement consacrés à l’enseignement religieux, tandis que d’autres développent une approche plus intégrée.
Dans certains établissements, l’enseignement religieux peut être associé aux apprentissages du cycle fondamental, notamment le français, les mathématiques ou d’autres disciplines scolaires.
Cette approche dite « daara-école » cherche à permettre aux enfants de recevoir une éducation religieuse tout en acquérant des connaissances leur permettant de poursuivre leur parcours scolaire.
Un projet présenté à Diourbel illustre cette logique : les apprenants y suivent à la fois l’enseignement coranique et des enseignements du programme scolaire classique. Le projet prévoit également une activité de formation professionnelle autour de la boulangerie et de la pâtisserie.
L’État veut intégrer davantage les daaras
La modernisation des daaras n’est pas seulement portée par quelques établissements privés ou associations. Elle fait désormais partie des politiques publiques éducatives.
Le ministère de l’Éducation nationale dispose d’une Inspection des Daaras modernes, chargée notamment de coordonner la politique de modernisation, l’évaluation pédagogique, la formation des maîtres et le développement de la formation professionnelle dans les daaras.
La volonté d’intégration est également ancienne dans les orientations gouvernementales récentes. En novembre 2024, la Présidence avait demandé une meilleure intégration des daaras dans le système éducatif officiel, ainsi qu’une cartographie des établissements, la création d’un statut pour les établissements et les enseignants et le développement de la formation professionnelle des apprenants.
Le grand défi : préserver le religieux tout en ouvrant d’autres perspectives
La modernisation ne signifie pas nécessairement abandonner la vocation première du daara.
Le défi consiste plutôt à construire un modèle dans lequel l’enseignement religieux reste central tout en donnant aux élèves des compétences supplémentaires.
En 2024, le président Bassirou Diomaye Faye avait notamment proposé, dans le cadre des futures Assises nationales des Daara, de diversifier les contenus pédagogiques avec les mathématiques, les sciences, les langues étrangères et les compétences techniques.
Cette orientation répond à une réalité simple : un enfant formé dans un daara doit pouvoir poursuivre des études, accéder à une formation professionnelle ou développer une activité économique s’il le souhaite.
La question de la mendicité reste centrale
La modernisation des daaras est également liée à une question beaucoup plus sensible : la mendicité des enfants.
Le gouvernement sénégalais considère désormais la lutte contre la mendicité et le vagabondage des enfants comme un enjeu majeur de protection de l’enfance.
En avril 2025, le gouvernement avait reconnu que les programmes précédents de modernisation des daaras et de lutte contre le phénomène des enfants de la rue n’avaient pas produit les résultats attendus. Une nouvelle approche a donc été annoncée dans le cadre de la Vision Sénégal 2050.
En juillet 2026, les autorités indiquaient encore travailler à la finalisation d’une stratégie d’urgence contre la mendicité et le vagabondage des enfants.
La question est donc loin d’être réglée.
Le statut des maîtres coraniques devient également un enjeu
Moderniser un daara ne consiste pas uniquement à construire des salles de classe ou à fournir du matériel.
Il faut également s’intéresser à ceux qui enseignent.
La politique actuelle prévoit notamment une réflexion sur la formation des maîtres coraniques et leur statut. Lors de la Journée nationale des Daara en mars 2026, le président de la République a annoncé un renforcement du soutien de l’État, avec notamment l’amélioration du statut des enseignants coraniques et l’intégration des daaras dans la réforme du système éducatif national.
C’est un point essentiel. Une réforme durable nécessite des enseignants formés, reconnus et accompagnés.
Les Assises nationales peuvent changer la trajectoire
L’année 2026 marque une nouvelle étape avec la volonté d’approfondir la réforme des daaras.
Le ministère de l’Éducation nationale avait annoncé que les Assises des daaras feraient partie des grands rendez-vous de la refondation du système éducatif.
En mars 2026, la Présidence a également présenté les conclusions des Assises nationales comme une feuille de route reposant notamment sur l’écoute des acteurs, l’ancrage territorial et une ambition collective.
L’enjeu sera maintenant de transformer ces orientations en résultats concrets sur le terrain.
Moderniser ne doit pas devenir une simple opération de façade
Construire de nouveaux bâtiments est important. Former les enseignants est indispensable. Introduire de nouvelles matières peut également être utile.
Mais la réussite de la réforme se mesurera surtout à ce qui arrive après.
Est-ce que l’enfant pourra poursuivre ses études ?
Est-ce que son niveau pourra être reconnu par le système éducatif ?
Pourra-t-il accéder à une formation professionnelle ?
Les conditions de vie et d’apprentissage seront-elles suffisamment bonnes pour garantir sa dignité et sa protection ?
Ce sont ces questions qui permettront de mesurer la véritable modernisation des daaras.
Un modèle entre héritage et avenir
Le Sénégal ne cherche pas nécessairement à opposer enseignement coranique et enseignement moderne.
La démarche officielle actuelle cherche plutôt à rapprocher les deux modèles, tout en conservant la spécificité religieuse des daaras.
Le véritable défi sera donc de construire un système où un enfant peut apprendre le Coran, recevoir une éducation de qualité, développer des compétences professionnelles et envisager son avenir avec davantage de possibilités.
La modernisation des daaras ne sera pas réussie simplement lorsque les bâtiments auront changé. Elle le sera lorsque les conditions d’apprentissage, la protection des enfants, la formation des maîtres et les perspectives offertes aux apprenants auront réellement progressé.
Vérification des informations : septembre 2026.
Sources officielles
- Ministère de l’Éducation nationale : Inspection des Daaras modernes
- Présidence du Sénégal : Journée nationale des Daara, 2026
- Présidence du Sénégal : intégration et modernisation des daaras
- APS : politique de protection des enfants et modernisation des daaras
- APS : stratégie contre la mendicité des enfants, juillet 2026