Le secteur de la pêche fournit près de 70 % des protéines animales consommées au Sénégal. Pourtant, le pêcheur de Guet Ndar ou de Soumbédiou rentre de plus en plus souvent avec des filets vides. Ce qui était…
Le secteur de la pêche fournit près de 70 % des protéines animales consommées au Sénégal. Pourtant, le pêcheur de Guet Ndar ou de Soumbédiou rentre de plus en plus souvent avec des filets vides. Ce qui était autrefois une ressource inépuisable est devenu un bien rare, disputé et politisé.
La concurrence déloyale des géants des mers
Le principal cri de détresse sur les côtes sénégalaises concerne les accords de pêche et le pillage des ressources par les chalutiers industriels étrangers.
- Le pillage invisible : Malgré les réglementations, de nombreux navires industriels pratiquent la pêche illégale dans les zones réservées aux artisans.
- La farine de poisson : L’explosion des usines de farine de poisson (notamment à Kayar et Joal) est une aberration écologique et sociale. On transforme des poissons comestibles (comme la sardinelle) en granulés pour nourrir les porcs et les saumons en Europe ou en Asie, affamant ainsi les populations locales et faisant exploser les prix sur les étals sénégalais.
Le dérèglement climatique : Quand l’océan change
L’océan Atlantique se réchauffe et s’acidifie. Les bancs de poissons migrent vers des eaux plus froides au nord, obligeant les pirogues sénégalaises à s’aventurer toujours plus loin, parfois jusqu’aux eaux mauritaniennes ou bissau-guinéennes, au péril de leur vie et au risque d’incidents diplomatiques. L’érosion côtière détruit également les infrastructures de débarquement et les zones de séchage traditionnelles, précarisant davantage les femmes transformatrices de produits halieutiques.
Moderniser sans trahir : Le défi technologique
Pour survivre au 21e siècle, la pêche artisanale doit muer.
- La géolocalisation et la sécurité : Équiper les pirogues de GPS et de balises de détresse pour réduire les disparitions en mer, encore trop nombreuses chaque année.
- La chaîne de froid : Le gaspillage post-capture reste colossal. L’installation de fabriques de glace solaires sur les sites de débarquement est le levier majeur pour augmenter les revenus des pêcheurs sans augmenter l’effort de pêche.
- L’aquaculture communautaire : Ce n’est plus une option, c’est une nécessité. Développer l’élevage de poissons en complément de la capture pour laisser le temps aux stocks naturels de se régénérer.
La solution ne viendra pas de la technologie seule. Si le Sénégal ne protège pas ses eaux territoriales de façon militaire et diplomatique contre le pillage industriel, la pêche artisanale disparaîtra avant 2040. La souveraineté alimentaire du pays commence par la défense du « bol » de riz.